Samedi 16 janvier 2010
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Aujourd'hui, 8 janvier 2010, à Barbentane (près d'Avignon
mais dans les Bouches du Rhône), c'est la Province de Québec...
Moi, Antinéa, en début d'année de mes 20 ans, je me suis réveillée avec une vision plus claire que d'habitude à travers la vitre de la
porte-fenêtre. Tout était blanc, cotonneux, et de drôles de petites pelotes immaculées tombaient du ciel gris argent. Les acanthes, les lauriers, les cyprès, les bambous ployaient lourdement sous
de grosses couvertures laineuses...
Papa-maman se sont levés en catastrophe à cause d'un grand bruit de chute. Une grosse branche cassée par le poids de la neige avait arraché
le câble électrique qui nous alimente, au milieu du chemin. Donc panne de tout : chauffage, télévision, téléphone, Internet... Heureusement, il y a la cheminée et le portable !
C'est le début de l'après-midi. A 14h 30, il y avait 11 cm de poudre blanche sur la table du jardin. Et ça continue ! Les services de l'EDF
sont prévenus. On attend...
C'est beau la neige pour nous les Provençaux. C'est rare. Mais nous, les chats, aujourd'hui on est bouclés. Parce que papa-maman ne veulent
pas qu'on aille dans la tempête - car c'est une vraie tempête, les flocons tombent toujours aussi drus et le vent s'est levé. Surtout, il n'est pas question qu'on aille rôder auprès de ce câble
électrique, à terre sur le chemin !
Heureusement, le sommeil atténue la frustration pour Salammbô et Yom Yom, sur les fauteuils près du feu de bois, et Lancelot, sur le lit.
Mais Woody est furax ! Le macho voulait aller marquer son territoire. Marquer quoi ? Je vous le demande... S'il s'y risquait, le neige aurait tôt fait de recouvrir ses misérables pipis !
Moi, je ne dors pas, je rêve dans cette lumière irréelle... Et, passé le moment de la surprise poétique que m'a offerte la neige, c'est au
printemps que je me mets à rêver... C'est l'image de Zelda, ma petite fille, sur les branches d'un pêcher en fleurs que je revois. Elle était radieuse, aérienne, au milieu des corolles roses, un
ange... Une séductrice aussi. Marion la décrivait ainsi dans "Passionnément Chats", au moment de notre adoption :
"D'immenses prunelles pailletées de vert et d'or, maquillées de noir, mangent un tout petit minois à nez court taché de fauve. La tache,
qui déborde en arrondi sur l'emplacement des moustaches nacrées, dessine un trèfle délicat sur un fond blanc éclatant. (...) Toujours nerveuse, elle s'est détournée, et de profil, l'espace
d'une seconde, elle me fait penser à une petite danseuse de Charleston des années vingt, avec ses longues pattes gainées de blanc, ornées de bracelets, sa queue mobile toute en volutes, son
adorable nez retroussé sous un front bombé, et un bonnet qui dessine un accroche-coeur sur sa joue."
Je la revois aussi, lovée dans
le petit fauteuil posé sur les cabanes. On l'appelait "le fauteuil d'Emmanuelle". Lorsqu'on l'a installé, elle l'a repéré de suite :
" Vers cinq heures, la première à traverser la terrasse est Zelda ; elle avance avec sa démarche de mannequin en croisant haut les
pattes avant, s'étire en dessinant avec sa queue un cercle parfait. Puis son regard flashe sur le fauteuil ; attirée comme par un aimant, elle vient le flairer, puis d'un bond gracieux s'y
installe. D'abord assise sagement, le regard innocent, elle ne tarde pas à prendre une pose nonchalante : à demi couchée, elle laisse pendre négligemment les pattes et la queue (...).
"Miss Chaussettes joue à" Emmanuelle".
Peu à peu, les souvenirs font place aux vrais rêves... Et c'est dans un flocon de neige que
m'apparaît Zelda, étincelante... Un flocon, n'est-ce pas une étoile, une star ?... "The Prettiest Star" pour Corine.
Epilogue
Les techniciens de l'EDF sont venus nous dépanner au bout de cinq jours. Le cable du téléphone - cassé aussi - a été réparé le 15 janvier.
Un grand merci aux bougies, à la cheminée, au portable, à la famille et aux voisins compatissants ! Nous les chats, on n'a pas trop souffert. On a bullé sur les fauteuils du salon, autour du feu
de bois. Marion, qui n'a pas d'appareil numérique (nulle en technique), n'a pas pu immortaliser ces moments de neige, mais elle a scanné une photo de journal.
Voilà, fin d'une galère d'hiver en Provence.
Antinéa
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